La constitution économique de l'Union européenne : étude d'un modèle d'interprétation des traités dans la jurisprudence de la Cour de justice
Thèse soutenue par Amaury CRAVAREZZA le 15 novembre 2023 à l'Université Jean Moulin Lyon 3.
Directeurs de thèse :
Michaël KARPENSCHIF, Professeur de droit public, Université Jean Moulin, Lyon 3
Éric CARPANO, Professeur de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3
Discipline : droit international, européen et comparé.
Jury de thèse :
Sébastien ADALID, Professeur de droit public, Université de Rouen, président
Elsa BERNARD, Professeure de droit public, Université de Lille, rapporteuse
Francesco MARTUCCI, Professeur de droit public, Université Paris Panthéon-Assas, rapporteur
Gaëlle MARTI, Professeure de droit public, Université Jean Moulin Lyon 3
Valérie MICHEL, Professeure de droit public, Aix-Marseille Université
Résumé de la thèse
Les contraintes juridiques que font peser les traités fondateurs de l’Union européenne sur l’organisation de l’économie sont l’objet de beaucoup de spéculations. Une conception doctrinale ayant cours depuis les débuts de l’histoire communautaire propose de voir en eux une constitution économique. La thèse se donne comme objectif d’évaluer la pertinence de ce modèle. Elle le fait en examinant si la jurisprudence de la Cour de justice valide cette manière de comprendre les traités. L’étude constate une validité partielle du modèle de la constitution économique, ce qui apparaît comme une contradiction de l’interprétation juridictionnelle des traités.Certains aspects de la jurisprudence s’inscrivent très bien dans le modèle de constitution économique, marquant à la fois un activisme juridictionnel important et la croyance en un certain nombre de vérités économiques permettant de lire les traités. Le mode d’interprétation centré sur les méthodes téléologique et systématique est pleinement compatible avec le modèle. Il s’appuie sur des objectifs économiques dans lesquels la Cour identifie de nombreux aspects de l’organisation économique de l’Europe. La justiciabilité atypique donnée à de nombreux énoncés économiques des traités et l’interprétation systématique de leur applicabilité prolonge ce constat. Cependant, d’autres aspects de la jurisprudence contredisent frontalement le modèle. Le contrôle de l’action des Etats est marqué par certaines incohérences, voire par un contrôle casuistique s’écartant de l’idée d’une conception générale d’un ordre économique constitutionnel. Le contrôle des pouvoirs des institutions voit une large autolimitation juridictionnelle qui prend la forme d’une neutralisation du contenu économique des règles qui s’imposent à elles. Cependant, l’échec partiel du modèle de la constitution économique révèle alors une contradiction dans la conception jurisprudentielle des rapports entre les traités et l’économie. Cette contradiction demeure indépassée aujourd’hui et reste l’angle mort de modèles constitutionnels alternatifs de conceptualisation des traités.