Revisiter l'histoire de la construction européenne : le poids des structures et des conjonctures internationales

Thèse soutenue par Marlène ROSANO-GRANGE le 18 novembre 2022 à Sciences Po Paris.

Direction de thèse :

Virginie GUIRAUDON, Directrice de recherche CNRS en science politique, Sciences Po Paris

Disciplines : science politique spécialité relations internationales.

 

Jury de thèse :

Florence DELMOTTE, Professeure de science politique, UCLouvain, Rapporteure

Antoine ROGER, Professeur de science politique, Sciences Po Bordeaux, Rapporteur

Guillaume DEVIN, Professeur de science politique, Sciences Po Paris, Examinateur

Franck PETITEVILLE, Professeur de science politique, Sciences Po Grenoble-UGA, Examinateur

Marlène BENQUET, Directrice de recherche CNRS en sociologie, Université Paris-Dauphine-PSL, Examinatrice
 

Résumé de la thèse

Notre recherche propose une sociologie historique mondiale de l’intégration européenne, qui revisite les périodisations eurocentrées du processus. A l’aide de la perspective du « développement inégal et combiné », la thèse articule le regard contingent et situé de l’histoire mondiale avec la structure économique différenciée des sociétés. La méthode d’enquête est basée sur des sources secondaires, historiques essentiellement, rapportées à des régimes de régulation (concurrentiel, fordiste et néo-libéral) et des intérêts en lutte à plusieurs échelles. Nous montrons que les relations internationales sont nécessaires à la reproduction de l’intégration européenne, en trois périodes. La sociogenèse du processus fait sens dans la structure hégémonique des Etats-Unis sur les Etats d’Europe de l’Ouest, qui importent la norme fordiste au rythme de la décolonisation et de la guerre froide. La différenciation du processus, d’abord sous la forme sociale-démocrate, a lieu dans la configuration internationale de la crise du fordisme qui lie le mouvement transnational de Mai 68, les pays du Tiers-monde dans le NOEI et l’URSS dans la détente. A partir du milieu des années 1970, le projet contre-hégémonique néolibéral se diffuse depuis les organisations financières internationales et les Etats-Unis de Reagan dans l’intégration, par une alliance avec le patronat industriel européen, sous la forme de l’ordolibéralisme. Enfin, l’Europe politique, monétaire et militaire, est indissociable de la victoire mondiale du néolibéralisme dans la guerre froide, sous une forme coopérative jusqu’à la guerre au Kosovo, puis coercitive avec la montée des forces contestataires, à commencer par la Chine.